Isild Le Besco

Le Monde - 11 février 2004



TROIS QUESTIONS A ISILD LE BESCO

1) Demi- tarif est un film auto-produit. A- t -il été conçu d'emblée en dehors des circuits traditionnels ?
J'ai quitté l'école très tôt, pour être actrice. Quand je ne tournais pas, ma mère voulait que je sois occupée. Ecrire un scénario, c'était montrer que je pouvais faire quelque chose. Celui que j'ai écrit était assez différend du film fini. On y voyait les parents, par exemple. Je l'ai fait lire à deux producteurs. C'était difficile pour eux de se lancer dans le film d'une fille de 17 ans sur trois enfants… A un moment, c'est devenu pour moi une urgence absolue de faire le film. En un an, j'ai tourné quatre fois trois jours avec du matériel DV prêté. Les scènes d'intérieur ont été tournées chez moi. Après cette phase de tournage, on m'a proposé des monteurs. Comme j'avais tout fait toute seule jusque là, j'avais envie de rester indépendante.

2) Quelles surprises réservait cette expérience ?
J'ai découvert que la vraie liberté, c'est d'avoir tout le temps nécessaire. J'avais trente heures de rushs, l'inconscient devait faire un tri. Le film est apparu au bout d'un moment, comme s'il existait en dehors de moi et que sa structure et sa forme étaient les seules possibles. Je ne me vois pas faire un film de façon traditionnelle. Le plus important pour moi, c'est la vérité de ce que l'on fait, et je crois que je la perdrais en travaillant différemment. Il faut être très fort et habile pour projeter une vérité au long de la fabrication d'un film.

3) Faites-vous une différence entre vos personnalités d'actrice et de réalisatrice ?
Je ne suis dans la vérité que dans les films, ou en filmant. Dans la vie, je n'ai jamais l'impression de l'être totalement. Mais comme actrice, j'ai trop de respect pour les réalisateurs pour chercher à m'imposer. Je me plie à ce qu'ils attendent de moi. En ce sens, Demi-Tarif, qui a failli s'appeler A vif , est ce qui me ressemble le plus.

Propos receuillis par Fl. C.