Isild Le Besco

Le nouvel observateur 2049



Un premier film sidérant de sauvagerie et de grâce mêlées.

Plus qu'une révélation, un choc

Le premier film d'une actrice

Isild, seule et libre


Isild a réalisé un premier film sidérant de sauvagerie et de grâce mêlées. Plus qu'une révélation, un choc.

Elle fait tout toute seule, Isild. Elle organise les rendez-vous, court à Joinville veiller au tirage des copies, trimballe ses boîtes d'un festival provincial à une salle de vision parisienne, écrit et envoie toutes les lettres qu'il faut écrire ou envoyer, et ça ne l'amuse vraiment pas, mais elle le fait parce qu'elle n'a pas le choix, parce que aussi elle aime ça. Ce premier film, elle l'a fait toute seule. Elle n'a jamais vu les choses autrement, qu'elle soit actrice, réalisatrice, paysagiste… ", peu importe. A 16 ans, elle s'est présentée à un casting et a obtenu le rôle : " La Puce ", un moyen-métrage d'Emmanuelle Bercot. " A cette époque, je ne connaissais rien. Je n'ai rien appris à l'école, je n'aurais même pas pu situer l'Afrique sur une carte, je n'avais jamais lu un livre en entier. " Un copain de la réalisatrice, étudiant à la Femis, disposait d'une carte permanente pour les cinémas Action, il lui en a fait profiter. C'est là qu'elle a découvert le cinéma, les grands Américains, mais aussi Mizoguchi ( ah ! " L'Intendant Sansho ") mais aussi Bergman (elle a vu hier " Fanny et Alexandre ", elle n' est pas près de s'en remettre). Aujourd'hui, c'est justement dans un cinéma Action que sort " Demi-Tarif ".

Son film. Elle l'a réalisé en 2000. Quatre fois trois jours sur un an. Elle a bricolé les décors, couru les friperies pour trouver les costumes, son frère Jowan a tenu la caméra DV, son autre frère Kolia a joué le rôle du petit garçon, elle a rencontré Cindy, la plus jeune des deux filles à l'anniversaire de sa nièce, la plus grande s'appelle Lila, tout ce petit monde a campé chez elle, les parents étaient d'accord bien sûr. Entre la vie et le film, il n'y avait rien, c'était la même chose, on s'amusait ensemble, et parfois la caméra tournait, parfois non et c'était pareil. Ensuite, Isild a fait un stage de montage, pour apprendre. Et puis, elle a monté son film, toute seule, et ça a duré encore un an, ce qui lui a permis de trouver la distance, de corriger, de reprendre, de comprendre qu'une image, c'est toujours mieux que deux, à condition de savoir laquelle. " Au montage, dit-elle, je cherchais la durée, la continuité. " C'est là qu'elle a trouvé le regard juste, sur la nudité par exemple : " Ne pas montrer la nudité des enfants aurait été malhonnête, mais l'exposer l'aurait été également. " Avec ce film, elle ne règle pas de comptes, elle restitue des éclats d'enfance, la sienne, celle de ses jeunes interprètes, toutes les enfances, en fait. " J'ai compris, confie-t'-elle encore que j'étais devenue actrice pour me cacher, pour ne pas être moi-même. " Il y a en elle tant de douceur libérée que de sauvagerie contenue, et tout cela explose dans son film, que porte une énergie féroce, et qui ne ressemble à rien de ce qu'on ne connaisse déjà.

Elle a 21 ans, elle est en train de découvrir le plaisir d'être seule, elle commence à se demander si elle aime vraiment telle personne ou tel film, ou si comme tant d'autres elle s'aime en train d'aimer. La réponse, elle la trouvera toute seule. Seule comme elle montre son film, juste avec l'aide de Jean-Max Causse et des cinémas Action : " Quelqu'un m'a incitée à rencontrer des distributeurs, l'un d'eux m'a donné un rendez-vous auquel il n'est pas venu, j'ai compris, et de toute façon je voulais que ce film sorte dans une seule salle, il est fait pour cela. " Il restera au moins trois semaines, mais il n'y a aucune raison d'attendre. Au contraire, c'est de toute urgence qu'il faut y aller.

Pascal Mérigeau