Charly

REVUE DE PRESSE

Isild Le Besco - 2007

avec Pascal Bongard, Kolia Litscher, Julie-Marie Parmentier


LES EXTRAITS DE PRESSE :

LE MONDE :

" Le film d'Isild Le Besco est un récit d'apprentissage ... un produit naturel, brut, authentique, sans chichi ni recette."
Jean Luc Douin

LIBERATION :

A l'instinct, Isild Le Besco, «princesse chinoise aux yeux bridés», grave ses images fondamentales dans nos âmes.
Gérard Lefort

LES INROCKUPTIBLES :

" un goût d’enfance sauvage, le parfum de la liberté
Serge Kaganski

CAHIERS DU CINEMA :

Si le film a la force sauvage des découvertes de terres vierges, il n'y a pourtant aucun mystère sur sa nature : un conte initiatique, un roman d'adolescence (...).
Jean-Michel Frodon

Un film d'écorchure et de vérité, qui refuse les maquillages de la séduction pour atteindre ce point incandescent où la difficulté d'être avec l'autre n'est plus un jeu de rôles mais un saut dans le vide, qui rompt avec tous les codes de la bien-pensance cinématographique, et qui ne se laisse pas oublier.
Chris Marker

ELLE :

C'est tendre et violent, désespérant et drôle, très brillant en tout cas.
Hélèna Villovitch

PREMIERE :

Tourné dans l'urgence, ce récit nerveux d'un passage initiatique exclut toute notation psychologique. La cinéaste, avec une foi sereine, précipite ses comédiens dans une zone de "non-jeu" où Julie-Marie Parmentier excelle, butée, violente, à la fois enfantine et revenue de tout..
Sophie Grassin

JOURNAL DU DIMANCHE :

Un film d'une rare âpreté
Alexis Campion

PARISCOPE :

« Charly » est un film plein d’une belle énergie
Arno Gaillard

A VOIR A LIRE.COM :

Charly est l’une des expériences la plus vivifiante de cette rentrée cinématographique. Ne serait-ce parce qu’il propose aux cinéphiles une denrée de plus en plus rare : l’impression, enfin, de voir quelque chose de neuf. Julien Elalouf

STUDIO :

Un grand film

PARISCOPE :

Coup de coeur
Julie -Marie Parmentier est magnifique !

VOGUE :

Une oeuvre farouche , solitataire et magnifique



REVUE DE PRESSE :

LE MONDE du 11 septembre 2007
Jean Luc Douin

Film français d'Isild Le Besco avec Julie-Marie Parmentier, Kolia Litscher. (1 h 35.)
" On choisit pas ses parents", chantait Maxime Le Forestier. Pour Isild Le Besco, ce n'est pas un drame. Elle en a pris son parti : il y a des enfants qui s'élèvent tout seuls, ce n'est peut-être pas si grave, un destin à assumer. C'était le message de son premier film, Demi-tarif (qui sort en DVD, éditions Tamasa), où trois gamins étaient totalement livrés à eux-mêmes dans Paris. C'est celui du second, Charly, où Nicolas, un garçon de 14 ans, végète dans une famille d'accueil, un couple de vieux. Le môme travaille mal à l'école, il trimballe sa mine endormie, sa carcasse empotée, un apparent désintérêt de vivre.Ce garçon-là a une vie intérieure, la tête ailleurs. C'est un rêveur, vautré sur le canapé, qui se récite du Léo Ferré, écoute le Dave Brubeck Quartet. Ses parents adoptifs sont plutôt portés sur Dave, mais le passage en boucle de Du côté de chez Swann n'est pas sans éveiller en lui des échos : il est à l'âge où l'on brûle de quitter l'adolescence, ôter le masque, être soi-même, rencontrer un premier amour.
EXISTENCE DE SURVIE
L'envie de grandir pousse Nicolas à fuguer. Rejoindre Belle-Ile, ce paysage d'une carte postale glissée dans un livre oublié par son prof, et signée par une certaine Mary-Lou. Il a décidé d'apprendre le livre par coeur : L'Eveil du printemps de Frank Wedekind. Il pique les économies des parents adoptifs, fait du stop, se retrouve dans une petite ville au petit jour. Là, il est à nouveau "adopté", par une jeune fille qui vit dans une caravane, à la sortie de la ville, et passe les nuits dehors, à se prostituer.
Le film d'Isild Le Besco est un récit d'apprentissage. L'évocation du passage de Nicolas à l'âge adulte, en conjuguant son monde à lui (celui, libre, de Wedekind) et le monde des autres (celui de l'ordre). Charly est le nom de l'initiatrice, la petite pute à jupe ras des fesses et blouson de fausse hermine, une fille qui n'a pas d'horizon, s'est verrouillé une existence de survie, sans plainte. Elle a son univers (la caravane sans confort), ses rituels (toilette, balayer, sortir la poubelle, veiller à éteindre le réchaud à gaz), ses trésors (dans une mallette), ses souvenirs (un chat). Elle marche comme un robot.
Le monde de Charly est le même que celui des (faux) parents : dénuement, discipline. Mais au contact de cette rongeuse de temps ménager (mi-rat des villes, mi-rat des champs), Nicolas apprend la responsabilité, ne plus se comporter comme un végétal. Il accepte ce qu'il refusait aux vieux : "La maison, c'est pas un moulin où on rentre quand on veut, juste pour manger et pour dormir." Il ne se rebelle plus contre les directives : "Enlève tes chaussures ! Range ton sac ! Va me chercher de l'eau à la fontaine ! Lave-toi les mains ! Arrête de dire toujours "j'sais pas" !"
En s'installant chez Charly (épatante Julie-Marie Parmentier), Nicolas est passé de L'Enfance nue (la solitude d'un garçon perdu, façon Maurice Pialat) à La Drôlesse (la complicité de deux jeunes marginaux rejouant les stéréotypes sociaux, le quotidien d'un couple adulte, selon Jacques Doillon). Entre la peur et le désir d'être une grande personne, Charly et Nicolas font de l'acte sexuel un geste fonctionnel. Mais si Charly semble condamnée à astiquer sa toile cirée en faisant du surplace, poisson muré dans un aquarium, pour Nicolas, il s'agit d'une étape. Il va repartir, bouger, chercher la mer.
"Tourné à la main" (en quinze jours) : l'expression convient pour ce film, comme on le dirait d'un produit naturel, brut, authentique, sans chichi ni recette.

LIBERATION du 12 septembre 2007 :
Le môme et la putain
A 24 ans, Isild Le Besco signe son second film, brillant, profond, urgent et singulier.
Par GÉRARD LEFORT
Charly de Isild Le Besco avec Julie-Marie Parmentier, Kolia Litscher... 1 h 35.

En août 2000, Isild Le Besco, âgée à l'époque de 17 ans et demi, accordait un entretien exclusif à Kolia Litscher, son frère cadet, âgé d'au moins 9 ans. Filmé par l'interviewer multimédia, qui se présente lui-même comme «envoyé spécial de Kid News», ce pur moment de vidéo-déconnade (1) est un jeu d'enfant, utile à cet égard pour comprendre le système Isild, le cas Le Besco. «Vous avez des projets ?» demandait Kolia à sa «grande» soeur. «Euh, bien sûr, répondait Isild en maîtrisant un début de fou rire. En fait je voudrais faire un film.» Quel aplomb ! Quelle blague ! Sauf que c'était vrai : trois ans plus tard (2003), le film eut lieu : ce Demi-Tarif (où joue Kolia), coup de poing dans nos coeurs à plus d'un titre : façon Cocteau des temps modernes, la vie sur le fil de trois petits enfants terribles vivant de rapines et de bricolages domestiques, gamins sauvages des villes, largués par leur étrange maman dans un appartement roulotte à la ramasse. Le tout comme un documentaire animalier : des chiots filmés par une loutre.
Dans les coins. Demi-Tarif fit la quasi-unanimité dans la dithyrambe critique ( Libération du 11 février 2004) et s'attira les éloges conjugués de Chris Marker («la naissance d'une artiste») et de maître Godard. Mazette. Depuis, Isild Le Besco est énormément devenue actrice, entre autres dans Roberto Succo (2001) de Cédric Kahn et surtout dans les films de Benoît Jacquot, dont l'excellent A tout de suite (2004). Mais de deuxième film en tant qu'auteure, point. Comme si, tout à cette nouvelle affaire (actrice !), Le Besco avait renoncé à faire son cinéma, comme si l'avalanche de compliments avait emporté et perdu la prime réalisatrice. Mais voilà Charly. La revoilà devrait-on dire, tant ce second essai nous réinstalle à première vue dans les meubles du premier. De nouveau, il y a Kolia, qui joue cette fois le rôle de Nicolas, un adolescent de 14 ans ; de nouveau, c'est Jowan Le Besco, autre frère, qui tient la caméra ; de nouveau, cette façon de filmer dans les coins, très vite (quinze jours).
Une affaire de famille ? A l'état civil c'est certain. Sur l'écran, c'est moins évident. La famille qui se dessine dans Charly n'a rien à voir avec un quelconque album privé et tout à faire avec l'invention pas à pas, plan à plan, d'une fratrie qui englobe notre condition humaine et cette question : «Il n'y a pas : être heureux ou malheureux. Il y a : être libre ou pas.»
Sur cette terra forcément incognita de la liberté à tout prix, à toute vitesse, Isild Le Besco est, dans le paysage du cinéma français, une exploratrice rare et isolée. Pourtant, dès le premier plan (une vieille dame ouvre ses volets), nous voilà à coup sûr en France, en province, en région comme il faut dire maintenant. Un pavillon, un couple de personnes âgées, un adolescent qui paresse sur le canapé tandis la mamie passe un vieux disque de Dave sur le pick-up. Il y a dans ces premières images simples quelque chose de profondément enraciné, paysan même, rustique et brut. On sent la boue qui affleure. La cambrousse n'est jamais loin. Et cette évidence intuitive va bientôt se voir à l'image : le garçon est envoyé chercher du lait à la ferme. Mais une ferme d'aujourd'hui, pas un fantasme de retour à la terre : c'est une laiterie mécanisée où les trayeuses électriques pompent les vaches en batterie. Tiens, des vaches... Les voilà, les belles bouseuses, qui viennent renifler du museau le bout de la caméra, subitement documentaire. Le jeune garçon revient avec ses deux bouteilles de lait frais. On entend qu'il s'appelle Nicolas. C'est quoi ça, une arnaque ? Le film s'appelle Charly et le jeune gars se prénomme Nicolas. Ce début d'agacement en tête, on avance quand même, on poursuit, parce qu'une main nous a saisis par la nuque et qu'elle n'est pas prête de relâcher son étreinte. Que disent les paroles de la chanson de Dave, chanson populaire ? : «Il m'arrive souvent de rêver à l'adolescent que je ne suis plus, on sourit en revoyant sur les photos jaunies l'air un peu trop sûr de soi que l'on prend à 16 ans et que l'on fait de son mieux pour paraître plus vieux.» Ça n'est pas du Rimbaud, mais à toute berzingue ça fait le même effet que : «On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, Des cafés tapageurs aux lustres éclatants ! On va sous les tilleuls verts de la promenade.» . Car il est question de décamper, de fuir ses «vieux», en leur volant quelques billets de banque, en faisant du stop la nuit sur la route. Dans le sac de Nicolas, un livre, volé lui aussi, et dans le livre, une carte postale. Le livre, c'est l'Eveil du printemps de Frank Wedekind. La carte postale représente un paysage de Belle-Ile. Il n'est pas obligatoire de lire la pièce de Wedekind pour attraper Charly, mais ça peut aider. Le dramaturge allemand l'avait sous-titré Tragédie enfantine. De fait, Charly est une tragédie enfantine, de bruit, de sexe et de fureur.
Minijupe. Où est-on quand on est nulle part ? «Qu'est-ce qui m'arrive ?», se demande Nicolas au tout petit matin de sa cavale. Le film est à la moitié de sa vie quand il se (nous) pose ses questions. Qu'est-ce qui arrive ? Rien. Rien ne s'appelle pas, ce n'est au début qu'un bruit de chaussures à talons martelant le bitume. Ce qui suit n'est pas plus précis : une minijupe vraiment mini, une longue chevelure rousse vraiment longue, un blouson en peau de lapin blanc et un porte-monnaie rouge. C'est Rien, c'est Elle, c'est Charly, enfin. A peine besoin de préciser que dans ce rôle de météorite, minéral et brûlant, Julie-Marie Parmentier fait plus que l'affaire. Elle est l'affaire, comme si c'était Charly qui finissait par jouer le rôle de Julie-Marie Parmentier.
Le dialogue qui s'instaure est comme un coup de cravache en plein visage. Charly dit : «Pourquoi tu restes ici ? T'as froid ? Tu veux venir avec moi ?» Ce ne sont pas des questions mais des rafales de mitraillette. Nicolas suit Charly, et nous aussi, comme une aubaine. Pour s'enfermer avec eux dans une caravane qui sert de refuge à Charly. De niche plutôt, puisqu'elle fait un métier de chienne (pute) et qu'elle vit comme une bête de somme. «Enlève tes chaussures, pose ton sac, lave la table.» Charly multiplie les coups et Nicolas aime les encaisser (ces ombres de sourire sur le visage de Kolia Litscher, grand corps mou mais pas malade).
Cul à cru. Charly et Nicolas sont un couple instantané. En quelques jours et un huis clos, ils inventent toute une vie : la rencontre, les engueulades, les rires, (échange mémorable sur une lecture en duo de Wedekind), les habitudes, l'argent cher, les petites manies, le cul à cru. L'amour en somme, puis le vide, la séparation. C'est intenable, on tient. C'est étouffant, on respire. Parce que Charly vient d'un monde très profond où il n'y a que des désirs, un monde d'avant les caprices, un pur bloc d'enfance. Et quand ce monde rêve, même éveillé, il rêve de poissons, d'otaries, de méduses. Ce n'est pas une métaphore amniotique à la noix. C'est la matière ancestrale de notre origine. Ce fatras océanique d'où procède le genre humain. A l'instinct, Isild Le Besco, «princesse chinoise aux yeux bridés», grave ses images fondamentales dans nos âmes.
(1) Visible dans les bonus du DVD de Demi-Tarif qui sort aujourd'hui.

LES INROCKUPTIBLES : Serge Kaganski :
On retrouve dans Charly les préoccupations thématiques et formelles de Demi-tarif : un goût d’enfance sauvage, le parfum de la liberté, le charme « amateur » des films de famille. De même qu’elle regardait les gosses de Demi-tarifsans jugement moral, Isild Le Besco filme une fugue en douceur, esquivant le regard éventuellement culpabilisant de la société. Le film prend réellement son envol quand Nicolas rencontre Charly, une jeune prostituée, jouée par une Julie-Marie Parmentier extraordinaire, qui compose une figure incroyable d’énergie et de singularité. Les deux fonctionnent comme un duo quasi-comique, façon punkette sous amphètes contre chaussette sous valium.

TELERAMA : Louis Guichard :
Après un coup d’essai autobiographique, Demi-tarif, moyen métrage ébouriffé et troublant, Isild Le Besco poursuit ses aventures de réalisatrice. A nouveau, le résultat ressemble à une fière déclaration d’indépendance vis-à-vis du cinéma majoritaire : pas de grand sujet ni de sentiments en demi-teinte, mais un élan, de la fébrilité, de l’insolite. Isild Le Besco affirme avoir voulu capter la fin d’adolescence de son petit frère (Kolia Litscher) avant qu’il ne soit trop tard. Alors elle a fait vite, imaginé un garçon à l’étroit dans sa famille d’accueil, puis en fugue, direction la mer, avec une halte de hasard chez une jeune prostituée bretonne.
Si le film se veut libre et aventureux, affichant les signes d’un tournage à l’arraché, il ne se limite pas à cette pose néo-Nouvelle Vague. Son protagoniste, jeté sur les routes en pyjama ou presque, devient une vraie silhouette burlesque, à force de gestes velléitaires, de mots inarticulés et de trous aux chaussettes. Mais c’est la rencontre avec ladite prostituée qui fait vraiment fructifier la mise : quand Julie-Marie Parmentier (déchaînée à bon escient) prend le contrôle du fugueur et l’installe d’autorité dans sa minuscule caravane, où on la découvre en harpie obsessionnelle. Tout à coup, cela tient à la fois de la séance d’impro miraculeuse, de l’étude de cas psychiatrique, du guignol sadomaso existentiel. Isild Le Besco a choisi après coup d’appeler son film comme la fille qui provoque cette déflagration jubilatoire : Charly, personnage secondaire devenu central par accident. Du cinéma comme éloge de l’imprévu…

PREMIERE :
Tourné dans l'urgence, ce récit nerveux d'un passage initiatique exclut toute notation psychologique. La cinéaste, avec une foi sereine, précipite ses comédiens dans une zone de "non-jeu" où Julie-Marie Parmentier excelle, butée, violente, à la fois enfantine et revenue de tout... Charly lui doit décidément beaucoup.
Sophie Grassin

PARISCOPE : Arno Gaillard
« Charly » est un film plein d’une belle énergie, celle d’une réalisatrice qui aime ses personnages « Sans toit ni loi ». Julie Marie Parmentier, vue dans « La ville est tranquille » de Robert Guédiguian et aux côtés de Sylvie Testud dans « Les blessures assassines » de Jean Pierre Denis, est magnifique. Petit bout de femme au regard têtu, volontaire, et au foutu caractère ! Très certainement le double de la réalisatrice. Il faut désormais compter avec cette jeune actrice bourrée de talent et injustement oubliée par les Césars en 2001. ”

ELLE - Helena Villovitch
“ Fiction, bien sûr, mais filmée de près, presque de l'intérieur. A travers des dialogues minimalistes, la fille et le garçon apprennent à se connaître en partageant l'espace exigu d'une caravane dont l'occupante impose mille règles de vie pratiques et absurdes à la fois. C'est tendre et violent, désespérant et drôle, très brillant en tout cas. Le meilleur de ce formidable petit film tient sans doute à la modestie de la réalisation. On en veut encore ! ”

JOURNAL DU DIMANCHE
Un film d'une rare âpreté Alexis Campion
... Entre vitesse et précipitation, une expérience de cinéma radicale qui ne manquera pas de déstabiliser, voire de choquer....

A VOIR A LIRE.com :
Julien Elalouf
Notre avis : En 2004 sortait Demi-tarif, moyen métrage remarqué par la critique qui en a salué la fraîcheur de ton et l’audace narrative. Isild Le Besco, actrice branchouille et jeune égérie du cinéma d’auteur français y dévoilait un véritable regard de cinéaste. Sorte de Nobody knows à la française, le film racontait les errements de trois enfants laissés à eux-mêmes. Et déjà la DV, et déjà l’urgence.
Charly suit la même logique, avec le désir comme point de départ. Pas d’histoire précise à raconter (un garçon fugue de chez sa famille d’accueil, il veut voir la mer, c’est L’enfance nue), mais un état à capturer : le passage entre l’adolescence et l’âge adulte. Moment charnière, difficilement saisissable. Isild Le Besco est ambitieuse et sa sensibilité teenage n’est pas sans rappeler le cinéma d’Emmanuelle Bercot, pour qui elle a souvent fait l’actrice.
Ce désir donc, du genre irrépressible, parcourt Charly en une décharge puissante. S’il n’excusera pas le film aux yeux de ses détracteurs, qui ne manqueront pas d’y voir les traces du pire amateurisme qui soit, il le justifiera auprès de ceux qui voudront bien y déceler une proposition de cinéma, maladroite certes, mais terriblement forte et intègre. Comme dans Demi-tarif, la réalisatrice affiche un mépris souverain du "bien faire" et enfreint une par une les règles les plus élémentaires de la mise en scène. Faux raccords, cadres hésitants, ruptures diverses. Autant d’erreurs, impardonnables ailleurs, qui trouvent ici grâce à nos yeux et, sans doute, participent même au charme de l’ensemble. Le rendu visuel de la DV, avec cet hyperréalisme qui le caractérise, pourrait évoquer le documentaire. Pourtant Charly, par son écriture et ses quelques coquetteries de mise en scène, ne cesse de renvoyer à sa condition de fiction. Une fiction bricolée, improvisée, construite au jour le jour. Le tournage a duré quinze jours, tout comme l’action du film. Ce détail a son importance quand il s’agit de montrer en quoi la réalité physique du tournage et la mise en place d’un dispositif fictionnel se sont confondus, jusqu’à en devenir inséparable. Une urgence bienvenue dans un cinéma français allergique aux écarts de conduite et à l’improvisation excessive.
Les deux comédiens, chacun à leur façon, assument l’entière responsabilité du projet face à une caméra inquisitrice, constamment braquée sur eux. Kolia Litscher, acteur non professionnel, fait exactement ça : il ne joue pas. La jeunesse, renfermée et opaque, est véritablement là. Julie-Marie Parmentier, elle, incarne une prostituée sauvage et maniaque. Incontrôlable comme un personnage de Pialat, elle dévore tout ce qui l’approche avec une présence sidérante. Une bombe borderline qui s’intègre parfaitement à l’univers chahuté de la réalisatrice. Forcément imparfait, Charly est l’une des expériences la plus vivifiante de cette rentrée cinématographique. Ne serait-ce parce qu’il propose aux cinéphiles une denrée de plus en plus rare : l’impression, enfin, de voir quelque chose de neuf.

ALICE : ROUSSE AMERE
CHARLY n'est pas un adolescent fugueur, lui c'est Nicolas. Charly est une prostituée rencontrée en cours d'histoire, chez laquelle Nicolas passera quelques jours. La présence muette et pataude de cet ado mal dans sa vie occupe tous les plans du film et lui donne une saveur "cinéma vérité" parfois proche d'un épisode de STRIP-TEASE. Solitaire, sans amis à l'école, isolé dans une famille d'accueil rurale composée de retraités, Nicolas veut s'échapper et voir la mer. La personnalité de Charly, elle, fascine. Aussi généreuse qu'agressive, elle travaille la nuit et organise sa journée autour d'un rituel d'actes ménagers. Sa caravane doit être propre, sinon tout s'écroule. On ne saura pas pourquoi Charly a accueilli Nicolas. A-t-elle besoin de compagnie ou veut-elle l'aider ? On ne saura pas non plus si cette halte a aidé ou initié Nicolas. Pour son deuxième film, Isild Le Besco met en présence deux jeunes protagonistes en marge, la pute et l'orphelin, sans jamais tomber dans les clichés. C'est en journée, dans cette petite caravane, au fil de scènes sans réel but, qu'elle nous fait partager, en même temps que Nicolas, l'expérience CHARLY et le jeu formidable de Julie-Marie Parmentier.
Guillaume Tion